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MOTION PREMIER DEGRE - JUIN 2023

MOTION PREMIER DEGRE - JUIN 2023 - SNCL

Les personnels du premier degré, Professeurs des Ecoles et Instituteurs, doivent être entendus et défendus !

Les personnels du premier degré, Professeurs des écoles et instituteurs, représentent une très large proportion du corps enseignant. Même s’ils connaissent les mêmes difficultés que leurs collègues du second degré et expriment souvent dans plusieurs domaines des revendications très similaires, leur métier connaît aussi des spécificités qui les exposent à des risques différents.

La motion ci-dessous est le fruit d’une vaste réflexion lancée par le SNCL auprès des professeurs des écoles et représente pour une très large part leur vision de l’enseignement tel qu’ils le pratiquent.

Le Congrès national du Syndicat National des Collèges et des Lycées, réuni à Lyon les 13, 14 et 15 juin 2023 mandate le Bureau national et les responsables du syndicat pour défendre les revendications suivantes.

 

SECONDER LES PROFESSEURS DES ÉCOLES

La complexité des tâches demandées aux enseignants, et l’augmentation démesurée de ces tâches leur font éprouver un sentiment de solitude. Il est urgent de rétablir au sein de l’école les emplois nécessaires pour leur permettre de se recentrer sur leur mission d’enseignement.

En effet :

  • La très grande hétérogénéité de certaines classes ne permet plus au professeur de gérer en même temps son enseignement et la prise en charge des élèves au comportement difficile. Les classes multi-niveaux peuvent être source de difficultés supplémentaires et doivent être reconnues comme telles.
  • La tendance actuelle à favoriser l’inclusion des élèves en situation de handicap rend impossible la tâche de l’enseignant en l’absence d’AESH. Les AESH individualisées doivent être plus nombreuses et mieux formées.
  • La baisse des dotations aux établissements spécialisés (comme les EREA) doit être stoppée. Les enseignants doivent pouvoir être accompagnés et aidés par d’autres adultes formés à la prise en charge de ces enfants parfois violents.
  • Afin de garder toute leur énergie pour s’occuper des élèves, les professeurs doivent pouvoir être déchargés de certaines missions notamment la charge administrative et la surveillance de récréations. Les directeurs notamment ceux qui sont en charge de classe doivent pouvoir bénéficier d’un secrétaire formé ce qui nécessite la création d’emplois de secrétariat partagés dans les réseaux d’écoles
  • Le RASED doit être réhabilité dès la maternelle et repensé afin de répondre aux besoins des enfants et des équipes, tandis que les enseignants spécialisés doivent avoir moins d’écoles à charge simultanément pour être plus disponibles.
  • Pour conserver un climat de cours de récréation serein, les récréations sont échelonnées et l’enseignant, toujours de surveillance, reste présent devant ses élèves 3 heures sans moment pour souffler : la surveillance des récréations doit être reconfiée à des emplois aidés avec décharge de responsabilité pour remédier à ce problème.

 

APPORTER PLUS DE MOYENS

La mise en place du dispositif Plus de Maîtres Que De Classes (PDMQDC) dans les écoles de l’éducation prioritaire a été une bonne mesure, malheureusement fortement réduite dans un but d’économie. Le dédoublement des classes de CP et CE1 dans des écoles est aussi une mesure qui doit être pérenne. Toutefois cette mesure ne doit pas se faire au détriment des autres écoles hors REP. 

  • La baisse des effectifs dans les classes représente la mesure prioritaire que devrait prendre tout ministre de l’Education soucieux d’un meilleur apprentissage des élèves. 20 élèves par classe maximum en maternelle et élémentaire favoriserait idéalement la réussite scolaire de chaque élève.

L’annonce de la scolarisation de tous les enfants dès 3 ans n’a été qu’un coup médiatique, car 98 % des enfants sont déjà scolarisés à cet âge, et les 2 % restants se trouvent dans des secteurs où c’est principalement le défaut d’infrastructure qui empêche cette scolarisation (comme à Mayotte par exemple). Cette scolarisation pose en outre problème, les tout-petits ne comptant pas dans les effectifs lorsque la fermeture d’une classe est étudiée.

Leur nombre devrait en outre être limité à 15 enfants par classe, tant leur prise en charge est spécifique.   

  • La scolarisation dès 3 ans entraîne une surcharge de travail pour les personnels qualifiés (ATSEM), car il n’y a plus la nécessité que l’enfant soit propre pour venir à l’école. Les ATSEM ont alors moins de temps pour intervenir en classe aux côtés des enseignants. Les municipalités, avec l’aide de l’État quand cela est nécessaire, doivent être tenues d’affecter au moins un personnel ATSEM par classe et leur nombre doit être en nette augmentation. 
  • Les moyens matériels mis à la disposition des enseignants dans leurs écoles ne sont pas toujours à la hauteur des besoins qui portent autant sur les classes pas toujours adaptées (trop petites, mal isolées…) que sur l’équipement (informatique notamment) pour améliorer leur enseignement. Les services de l’Éducation nationale doivent se porter garants d’une équité de moyens dans les écoles maternelles et élémentaires de la République. 
  • Afin de répondre au nombre grandissant d’élèves à besoins particuliers, chaque regroupement d’écoles devrait disposer d’un psychologue, d’un orthophoniste et d’un médecin scolaire disponibles rapidement pour un premier bilan. Les CMP/CMPP/CAMSP doivent être multipliés afin de réduire les temps d’attente pour les prises en charge, et le recrutement d’orthophonistes scolaires au sein de la Fonction publique doit être considéré et engagé.

 

ASSURER UNE MEILLEURE ORGANISATION

Le SNCL défend l’organisation de la semaine scolaire sur 4 jours avec une coupure complète le mercredi, considérée par une majorité d’enseignants comme favorable. Toutefois, d’autres organisations plus souples, sur 4 jours et demi par exemple, doivent pouvoir se mettre en place uniquement là où elles sont souhaitées par la majorité des personnels impliqués.

Les activités périscolaires sont utiles aux élèves, en particulier les plus fragiles socialement et scolairement. Sur le terrain pourtant, les enseignants doivent faire face à des difficultés d’organisation : des concertations entre les collectivités et les enseignants doivent être instaurées systématiquement et permettre de travailler dans le sens de l’intérêt de l’élève. La confiance en l’équipe enseignante doit être la règle et les créneaux horaires et les contenus dispensés dans les activités périscolaires doivent être déterminés en concertation avec elle.

Les 108 heures annuelles obligatoires dans le service enseignant doivent être repensées dans leur usage. Ainsi, les heures d’APC (Activités Pédagogiques Complémentaires), de formation continue ou de travail en équipes pédagogiques devraient être regroupées, leur usage librement laissé à l’initiative des enseignants et faire l’objet d’une autoévaluation finale.

Les évaluations en CP ne représentent qu’un outil parmi d’autres pour déceler les difficultés des élèves. Elles ne doivent en aucun cas être imposées, sans accord préalable de l’équipe enseignante. Elles doivent en outre être reformulées comme le demandent les enseignants de CP car certains exercices sont très éloignés de ce qui est pratiqué en maternelle.

L’unique objectif de ces évaluations devrait être la vérification du niveau scolaire de l’élève plutôt que la constitution de statistiques officielles ; de réels moyens de remédiation doivent être donnés au professeur pour aider les élèves à progresser. Elles ne doivent pas être utilisées comme un moyen de surveiller, contrôler, contraindre et évaluer les professeurs.

Des groupes à effectifs réduits doivent être constitués en fonction des besoins en remédiation et non plus en fonction du classement REP+.

 

***

Les professeurs des écoles et instituteurs, expriment de fortes craintes pour l’avenir de leur profession alors que les réformes s’empilent sans aucune concertation, gouvernement après gouvernement, provoquant la déstabilisation des enseignants et l’incompréhension des parents dans les classes.

Soutenus par le SNCL, ils exigent du gouvernement et du Parlement de donner au service public d’éducation et à ses personnels les moyens d’exercer convenablement leur profession.

Cela passe avant tout par :

  1. Une meilleure formation professionnelle

Les professeurs des écoles expriment de forts besoins en formation en présentiel afin de favoriser, entre collègues, les échanges de pratiques et demandent :

  • Une formation initiale plus complète, plus spécifique, plus concrète et plus adaptée à leurs besoins. La prise en charge de ces formations par des professeurs reconnus par les enseignants eux-mêmes.
  • Une formation continue sur le temps scolaire, et non le soir ou pendant les congés scolaires.
  • Une formation :

-       sur la gestion de groupe,

-       sur la gestion des relations aux familles,

-       sur la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, afin d’apprendre à accompagner un jeune individu vers son épanouissement personnel, et notamment à le rendre vigilant dans un monde de surconsommation de l’information

-       sur la pédagogie des différents domaines et disciplines enseignés,

-       une formation sur les troubles du comportement,

-       une formation sur les troubles dys.

  • Elle ne devra pas faire l’impasse sur les innovations pédagogiques diversifiées (e-learning, classe inversée…), sans en faire pour autant un remède miracle.
  1. Des conditions de travail améliorées

Pour les enseignants du 1er degré, professeurs des écoles et instituteurs, l’exercice du métier au quotidien est de plus en plus difficile car chaque matinée ou après-midi l’implication et la vigilance sont continues. Ils éprouvent souvent, en conséquence de leurs mauvaises conditions de travail, un sentiment d’abandon, de mal-être, d’impuissance, parce qu’ils se sentent dans l’impossibilité de mener à bien la mission qui leur a été confiée.

Avec le SNCL, ils exigent de pouvoir se consacrer essentiellement à leur mission d’enseignement ; pour cela, ils demandent :

  • La réduction des obligations administratives qui prennent une grande partie de leur temps au détriment de leur mission d’enseignement ;
  • La fin des trop nombreuses tâches annexes à l’enseignement imposées pour chaque projet (formulaires, statistiques…) et des temps de réunions raisonnables qui n’empiètent plus sur la vie personnelle ;
  • Le recentrage du temps de présence sur ce qui est pour eux l’essentiel : les relations avec les élèves et la transmission des connaissances ;
  • Un véritable statut administratif de Directeur d’école reconnu comme chef d’établissement avec un soutien en personnels et une adaptation du nombre d’heures de décharge correspondant aux obligations de la fonction, avec a minima un jour de décharge hebdomadaire pour toutes les écoles. Cette fonction ne peut être confiée qu’à un professeur expérimenté, volontaire et formé ; 
  • Les jours consacrés à la clôture et à la préparation d’une année scolaire doivent être reconnus comme étant une période de travail et payés en heures supplémentaires ; ils doivent s’accompagner d’une décharge supplémentaire de classe pour les directeurs d’une semaine en septembre et d’une semaine en fin d’année scolaire.  

L’empilement à rythme forcé des réformes du premier degré, parfois contradictoires et mal expliquées. L’impossibilité pour les personnels de s’adapter aussi rapidement à des demandes de l’institution dont ils ne comprennent pas les objectifs pédagogiques dans l’intérêt de l’élève, les conduisent à demander :

  • Une évaluation précise et honnête de toute réforme précédente avant l’instauration d’une nouvelle évolution ;
  • Une démarche basée sur des considérations essentiellement pédagogiques et non idéologiques ou financières afin de donner à tous les élèves les moyens de réussir leur scolarité en fonction de leurs aptitudes ;
  • La prise en compte de l’expertise de l’enseignant en tant que pédagogue et une concertation avec leurs représentants avant toute prise de décision politique ;
  • Des programmes élaborés en concertation avec les enseignants chargés de les appliquer, tenant compte de leur expérience dans les classes.
  1. Plus de reconnaissance du travail enseignant

Les personnels exerçant dans le premier degré sont, comme leurs collègues du second degré confrontés au fait que leur travail n’est pas reconnu, ils subissent une image dégradée et une autorité diminuée. Sans le soutien de leur hiérarchie, des parents d’élèves, ils se sentent délaissés par la Nation tout entière et livrés à eux-mêmes pour faire face aux difficultés propres à leur métier.

Soutenus par le SNCL, ils exigent :

  • Le soutien indéfectible de leur hiérarchie chaque fois qu’ils sont mis en cause dans l’exercice de leur métier par des acteurs extérieurs à l’école (agressions physiques ou verbales, menaces, violence...) ainsi que dans le suivi des enfants à profils difficiles lorsque les familles refusent de reconnaître les difficultés ;
  • La confiance de leurs supérieurs hiérarchiques dans leur expertise professionnelle, l’arrêt de l’infantilisation, des injonctions contradictoires, des pressions de tous ordres ;
  • Généraliser le respect de la liberté pédagogique au niveau de l’école concernant la répartition des élèves par classe et par niveau ;
  • Dans le cadre du projet d’école, une plus grande liberté pédagogique de chaque enseignant dans l’exercice de son métier (méthodes d’enseignements, manuels, documents de travail...) ;
  • Une plus grande implication de l’institution pour faire cesser dans les écoles le stress considérable dû aux conflits avec les parents d’élèves (intrusions, violences diverses, mises en cause du contenu et de la qualité de l’enseignement, …) ;
  • Une convocation systématique des parents pour attitude agressive que le directeur d’école dénonce à l’IEN ;
  • Un meilleur suivi de l’absentéisme scolaire et une responsabilisation des parents ;
  • Le respect de l’autorité du professeur et une véritable application de ses décisions.

Le métier de professeur des écoles ne sera jamais complètement reconnu à sa juste valeur tant qu’il n’aura pas fait l’objet d’une véritable revalorisation salariale.

Avec le SNCL, les professeurs des écoles et instituteurs demandent :

  • Une rémunération globale comparable à celle de leurs collègues du second degré qui ont un niveau de formation identique.
  • Une véritable amélioration de leurs traitements et primes afin de rattraper l’équivalent du pouvoir d’achat perdu depuis 2010.
  • La prise en compte de la pénibilité du métier qui permettrait de pallier en partie le chevauchement entre vie professionnelle et vie privée, constitutive de notre profession ; une imbrication qui peut engendrer le sentiment de manquer de temps pour leur activité pédagogique ou de s’enfermer dans des logiques de stress ou de débordement.
  • L’intégration des instituteurs retraités dans le corps des professeurs des écoles, permettant une revalorisation méritée de leur pension.
  • De plus grandes possibilités de temps partiels pour convenance personnelle, dont les demandes n’ont pas à être justifiées ni critiquées par la hiérarchie.
  • Des mutations facilitées et d’une procédure plus transparente, encadrée par des Commissions Paritaires où les représentants syndicaux peuvent exercer un contrôle préalable du traitement des demandes. Les barres de mutations doivent être plus largement diffusées.