Racket sur le Pacte enseignant : vers une disparition en 2027 ?

Annoncé en 2023 comme un levier important de revalorisation salariale des professeurs, le Pacte enseignant a vu son enveloppe massivement réduite en 2026. Les débats actuels autour du budget 2027 laissent penser que le dispositif pourrait même complètement disparaitre. Couplé à la reconduction du gel du point d’indice et face à l’inflation persistante, il s’agit d’un racket inadmissible qui va à rebours de l’indispensable hausse de notre rémunération.

Présenté il y a trois ans comme une mesure phare pour améliorer la rémunération des professeurs, le Pacte enseignant est déjà devenu une variable d’ajustement : doté de 628 millions d’euros en 2024 et 780 millions en 2025, il ne pèse plus que 480 millions en cette rentrée 2026.

D’après le rapport du Sénat sur le projet de loi de finances de 2026, cette « baisse significative » se veut « plus proche de la consommation réelle des établissements scolaires ». Pourtant, de nombreux collègues nous ont signalé ces dernières semaines une pénurie de parts de Pacte, obligeant certains à renoncer à ce complément de revenus et à leur engagement dans les missions associées.

Or les discussions actuellement menées à l’Assemblée Nationale autour du budget de 2027 ne sont pas plus optimistes : le racket sur l’enveloppe du Pacte risque fort de s’accentuer encore pour réaliser des économies. On peut même se demander si sa disparition n’est pas programmée.

En effet, pour assurer les dépenses courantes de l’Éducation nationale, le ministre Edouard Geffray a besoin de trouver plus d’un milliard d’euros supplémentaires par rapport au budget de 2026 (notamment en raison de la hausse automatique de la masse salariale du fait de l'avancement – 300 à 400 millions d’euros – , et du coût de la réforme de la formation des enseignants – environ 600 millions).

Dans le même temps, le premier ministre Sébastien Lecornu martèle que l’Etat doit faire des économies partout, sauf sur les budgets prioritaires : l’Armée, l’Intérieur, la Justice… Une vision strictement régalienne où l’éducation brille évidemment par son absence.

Dans ces conditions, le ministre de l’Éducation risque de poursuivre la chasse aux économies là où il sait le faire :

  • poursuivre les suppressions de postes : 4000 postes ont été supprimés en 2026, combien en 2027 ? ;
  • effectuer des suppressions « plus discrètes » sur les postes de contractuels, ce qui est une pratique déjà en cours dans certaines académies. A ce titre, on peut se demander si la récente régression sur les conditions de cédéisation que nous dénonçons n’est pas une stratégie assumée ;
  • continuer à raboter – voire supprimer – les enveloppes dont le montant n’est pas garanti, comme celle du Pacte enseignant.

Certes, le Pacte enseignant présente de nombreux défauts et ne peut, dans tous les cas, être considéré comme une mesure de revalorisation salariale :

  • il ne s’agit que d’une rémunération de missions supplémentaires
  • il ne concerne qu’un tiers des enseignants (d’après un Rapport de l’IGF)
  • il est financé en grande partie par le redéploiement du financement des heures supplémentaires classiques (toujours d’après l’IGF)

Pour autant, le SNCL dénonce ce racket sur le Pacte car il revient in fine à supprimer un grand nombre d’heures supplémentaires auxquelles les enseignants avaient auparavant accès. Or ces heures constituent pour certains collègues le seul moyen de joindre les deux bouts face à l’inflation, alors même que la reconduction du gel du point d’indice a été annoncée pour 2027, soit pour la quatrième année consécutive.

Ironie du sort, c’est aussi en incluant le dispositif du Pacte qu’en début d’année scolaire, le ministère de l’Éducation nationale, via son service de la DEPP, a pu diffuser sur les médias le chiffre de « 3090 euros » comme salaire moyen des enseignants français !

Le SNCL condamne cette dégradation continuelle de notre rémunération et appelle toujours à une revalorisation salariale ambitieuse et indispensable. Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont effectué des annonces à ce sujet, le plus souvent en mettant en avant des chiffres aguicheurs mais sans détailler leurs propositions. Le SNCL a d’ores et déjà commencé à leur demander des clarifications pour aller au-delà des effets d’annonce : il faut remettre cette question cruciale au cœur du débat public et l’amener enfin jusqu’à sa concrétisation sonnante et trébuchante.

En cela, le SNCL se fait force de proposition : augmentation des ISOE, revalorisation des taux d’heures supplémentaires, révision des grilles et durées d’échelon, nos propositions sont bien concrètes, car il est urgent de revaloriser les personnels de l’Éducation nationale : il en va de la survie de notre système éducatif.

Publié le 19 octobre 2026