Mouvement lycéen : protégeons les professeurs

Le mouvement lycéen commencé mi-septembre a pris très rapidement une tournure nouvelle : partant d’une base de revendications légitimes, il a débouché sur des blocages d’établissements, des manifestations et des actions violentes qui ont mis en danger la vie et l’intégrité des élèves mais aussi celles des personnels, de nombreux professeurs ayant été blessés.

Le SNCL dénonce avec vigueur les agressions de chefs d’établissement et d’enseignants, de même que certaines méthodes d’intimidation constatées sur les personnels afin de forcer ces derniers à renoncer à leurs enseignements et qui sont purement inadmissibles. Une telle violence et de telles atteintes à la liberté de conscience de chacun ne peuvent que desservir le mouvement et nuire à la sérénité nécessaire à la concertation.

Les assemblées de lycéens promises par le ministère n’ont pour la plupart pas eu lieu, compte tenu des tensions encore présentes. Le mille-feuilles de revendications lycéennes semble difficile à satisfaire tant le spectre est large, mais beaucoup d’entre elles sont directement liées à des problématiques que le SNCL avait d’ores et déjà mises en avant : depuis la crise du Covid-19, nous n’avons pas cessé d’appeler à un grand plan décennal de rénovation du bâti scolaire, devant répondre aux problèmes d’hygiène, de salubrité, de chauffage, d’isolation et de confort de travail que nous subissons tous, élèves comme enseignants, problème encore mis en lumière lors des récentes canicules.

Les lycéens dénoncent aussi l’inflation de leurs emplois du temps journaliers : c’est un fait indéniable qui découle directement de la Réforme Blanquer et qui nous affecte aussi en tant que professeurs. L’esprit même du projet Blanquer, par le jeu des spécialités et l’éclatement des groupes classe, étaient de maintenir les professeurs davantage présents dans les enceintes des établissements. Un piège pervers dont les élèves paient eux aussi désormais le prix, avec des emplois du temps à trou et une perte sensible du repère du groupe classe en lycée dans presque toutes les filières.

Parcoursup est aussi fortement dénoncé par les lycéens pour son manque de clarté, son opacité quant aux critères de sélection. Et là encore, la réforme Blanquer est à l’origine du mal : cette réforme imposée, maintes fois amendée et jamais évaluée a complètement déconstruit le lycée tel que nous le connaissions. En imposant le contrôle continu, elle a insidieusement causé de grandes inégalités. D’un lycée à l’autre, d’un enseignant à l’autre, les critères de notation ne sont pas les mêmes et la pression des parents se fait de plus en plus sentir. Plus personne ne s’y retrouve réellement : ni les élèves qui obtiennent des « bonnes notes » qui ne correspondent à rien, ni les enseignants eux-mêmes qui sont forcés à l’ultra-bienveillance, ni même les établissements d’enseignement supérieur qui ont du mal à sélectionner les dossiers lorsque les moyennes de classe flirtent avec les 16/ 20 !

Tout cela crée un climat de défiance envers l’Institution. Les lycéens ont peur de ne pas avoir d’avenir. Ils ne connaissent pas leur niveau réel tout en devant affronter l’algorithme de Parcoursup qui va décider pour eux, avec un taux d’échec important constaté en Licence. Le SNCL n’a eu de cesse de dénoncer cette complexité et ce manque de transparence et a alerté maintes fois sur le climat scolaire dans les lycées. Nous regrettons qu’aucune évaluation sérieuse de la réforme Blanquer n’ait vu le jour. Une concertation avec les personnels sur le terrain et une prise en compte de leurs inquiétudes auraient peut-être permis d’éviter ce qui se passe aujourd’hui.

Le SNCL tient aussi à dénoncer les pressions subies par certains professeurs pour qu’ils assurent des cours en télétravail lors du blocage ou la fermeture de lycées : nous rappelons qu’à ce jour l’administration continue de s’épargner le coût induit par ce format de travail et qu’aucun enseignant ne peut être statutairement contraint à télétravailler. Il est inacceptable de forcer des enseignants à exposer leurs données et la propriété intellectuelle de leurs cours sur des plateformes en lignes étrangères, privées et peu fiables, sans sécurité ni formation, sans indemnisation ni l’équipement professionnel minimal que cela suppose. Dans le contexte d'insécurité informatique actuel, et devant le risque d’un pillage non consenti de cours par les intelligences artificielles, chacun doit avoir conscience de ses droits : le SNCL invite ainsi tous les enseignants à refuser de se plier aux injonctions de cours à distance, qui peuvent en outre facilement basculer vers une forme de surveillance de la « relation pédagogique numérique ».

Durant cette période de forte agitation, le SNCL se tient d’abord aux côtés des professeurs pour défendre leurs intérêts et leurs droits. Nos équipes sont joignables pour vous protéger et vous accompagner individuellement face à cette situation inédite.

Publié le 13 octobre 2026