Lycée : un retour à l’autorité est-il possible ?

Après des décennies de laxisme et d’ultra-bienveillance, le ministère semble vouloir durcir le ton et les règles dans les lycées. Plusieurs mesures et projets vont dans ce sens mais, dans une société qui a évolué, il est clair que le retour à une autorité à l’ancienne semble difficile voire impossible et on peut se demander si les mesures envisagées seront suivies d’effet. Si les acteurs sur le terrain ne suivent pas, les mesures lancées resteront lettre morte.

Parmi elles, le ministère entend renforcer le rôle des professeurs de lycée souvent confrontés tant à de la violence qu’à diverses intimidations depuis la mise en place du contrôle continu au baccalauréat.

Ainsi l’Institution mise-t-elle sur le soutien indéfectible des supérieurs hiérarchiques face à des parents et des élèves trop souvent vindicatifs. A travers la protection fonctionnelle octroyée aux agents d’État, le ministère veut faire croire qu’il rend systématique le soutien juridique et administratif aux personnels menacés ou agressés. Mais est-ce toujours le cas dans un système qui a du mal à se détacher du « pas de vague », où l’on achète encore trop souvent la paix sociale en étouffant les affaires plutôt qu’en les dénonçant ?

Le SNCL encourage ses adhérents et sympathisants à demander le recours à la protection fonctionnelle systématique en cas de besoin et assure qu’il apportera son soutien aux collègues concernés.

Les fouilles et contrôles aux abords des établissements à travers des opérations de sécurisation sont censés permettre un repérage des fauteurs de trouble en possession d’armes, mais les moyens humains s’avèrent bien insuffisants pour les rendre systématiques, et beaucoup se retrouvent dans l’enceinte des lycées avec des objets prohibés et dangereux. Bien que les procédures pour accélérer les sanctions en cas d’intrusions et de port d’armes aient été simplifiées, combien de chefs d’établissement jouent réellement le jeu et convoquent des conseils de discipline avec exclusion définitive ?

L’opération « portable en pause » mise en place en collège est censée être étendue à tous les lycées dès la rentrée 2026, volonté politique et mesure emblématique d’un projet de loi d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Si cette mesure part d’une vraie volonté de pause numérique en favorisant la concentration en cours et en offrant un temps de déconnexion lors du temps scolaire, est-elle réellement réalisable dans une société hyperconnectée et dans laquelle le smartphone fait naître de nouvelles formes d’addiction chez nos adolescents ? Cette mesure permettrait en effet de limiter les prises de photos ou de vidéos en cours, phénomène nouveau qui nuit à la sérénité des cours en lycée.

Cette mesure, si elle est mise en place à la rentrée prochaine, va se heurter à de nombreuses difficultés et on peut s’interroger sur sa pertinence. Elle va susciter de nouvelles tensions avec les élèves récalcitrants et sa mise en œuvre semble complexe : la gestion des portables rangés dans des casiers ou leur stockage va inévitablement poser des problèmes de vol, de perte et surtout de perte de temps à l’entrée en cours. Elle sera aussi source de conflits et de réclamations si par malheur le portable se trouve endommagé ou si l’élève prétend qu’il l’a été ! Nouvelle complexité à laquelle les professeurs et chefs d’établissement ne pourront pas faire face.

Par ailleurs, le smartphone est souvent utilisé comme outil pédagogique et son utilisation a été encouragée pour accéder à PRONOTE à travers l’application Client Pronote ! Nous voilà à nouveau en pleine injonction contradictoire.

Dernière mesure visant à restaurer un peu d’autorité aux enseignants et de valeur au baccalauréat : les conditions d’accès aux épreuves de rattrapage du Bac seront durcies pour renforcer l’exigence du diplôme !

Après des décennies de laisser-aller et de consignes de largesse relayées par les corps d’inspection, voici une tentative pour redorer le blason du fameux sésame !

Avec plus de 90 % de réussite à la session 2025 toutes filières confondues et 96 % en filière générale, sans compter l’inflation des mentions (près de 59 % des candidats en ont obtenu une en 2025…), le ministère s’est donc penché sur un moyen de redonner un peu de crédibilité à cet examen.

À partir de la session 2026, le seuil incompressible de 8/20 sera exigé pour accéder aux épreuves de rattrapage, ce qui signifie donc que le seuil de 7.9/20 sera éliminatoire.

Par ailleurs le « coup de pouce » accordé par les jurys lors des délibérations sera plafonné à 0.5 point sur la moyenne générale, ce qui semble encore bien généreux ! Enfin le ministère souhaite qu’une attention plus stricte soit portée à l’orthographe et à la syntaxe, mais sans donner de directives plus précises.

Reste à savoir si les consignes données seront transmises et respectées par les différents jurys habitués depuis des années à accorder de nombreux « cadeaux » sous la forme de points octroyés à des élèves qui souvent n’ont fourni aucun effort pendant l’année.

Ces mesures en demi-teinte semblent bien insuffisantes pour restaurer une autorité et un rayonnement perdu depuis longtemps.

Publié le 4 février 2026