
Le 12 mai 2026, le SNCL a été auditionné au Sénat dans le cadre des travaux préparatoires relatifs à la proposition de loi portant réforme des critères d’attribution de l’éducation prioritaire. Cette audition a permis au SNCL de rappeler plusieurs principes essentiels concernant l’avenir des réseaux REP et REP+.
La carte actuelle de l’éducation prioritaire, inchangée depuis 2014, présente aujourd’hui des limites réelles, chacun en convient. Certains territoires ruraux ou certaines écoles isolées demeurent insuffisamment pris en compte malgré des difficultés sociales et scolaires importantes. Le SNCL ayant été invité au Sénat afin de présenter ses positions, nous avons donc saisi cette opportunité pour défendre la nécessité d’une réflexion sur l’actualisation des critères et sur une meilleure prise en compte des réalités territoriales. Notre syndicat était représenté par son secrétaire général, Norman GOURRIER.
Bien que le ministre actuel Edouard Geffray, ait déjà confessé que le gouvernement n’interviendrait pas sur ce sujet pour le moment (trop explosif à moins d’un an des élections présidentielles), le SNCL a tenu à saluer la volonté sénatoriale d’inscrire enfin l’éducation prioritaire dans un cadre législatif plus stable et plus transparent. Cette sécurisation juridique constitue un enjeu important pour les établissements comme pour les personnels, justement pour que la nécessaire actualisation des moyens au fil des années ne soit pas sacrifiée ou repoussée au gré de l’agenda politique.
Toutefois, nous avons exprimé de fortes réserves concernant le projet de faire des évaluations nationales à l’entrée en 6e le principal critère d’attribution des moyens. En effet, pour le SNCL, ces évaluations constituent avant tout des outils diagnostiques et pédagogiques, dont les résultats sont sujets à caution, et les déroulements d’un établissement à un autre bien loin d’être équitables. Elles ne peuvent, à elles seules, devenir le fondement d’une politique d’allocation budgétaire et statutaire.
Le SNCL a alerté les sénateurs sur plusieurs risques majeurs : focalisation excessive sur les compétences évaluées, pression accrue sur les équipes pédagogiques, hétérogénéité des conditions de passation, mais aussi risque de voir les secteurs d’enseignement les plus efficaces pénalisés par leur propre réussite : comme nous l’avons souligné lors de l’audition, il serait parfaitement contre-productif qu’un établissement qui parvient à faire progresser ses élèves perde ses moyens parce que ses résultats s’améliorent.
Le SNCL a défendu à la place une approche plurifactorielle reposant à la fois sur des critères sociaux, territoriaux et scolaires contextualisés. Les indicateurs sociaux et territoriaux doivent rester centraux, mais de nouveaux peuvent s’y ajouter, comme le pourcentage de décrocheurs et le nombre de dossiers PAP ou PPRE suivis.
Comment réviser la carte des REP sans dommages collatéraux ?
Nous avons également insisté sur les conséquences humaines et professionnelles des révisions de carte. Toute réforme des REP et REP+ a des effets directs sur l’attractivité des postes, les conditions de travail et la stabilité des équipes pédagogiques.
Le SNCL a donc demandé que toute éventuelle révision périodique de la carte soit accompagnée :
- d’une véritable concertation avec les représentants syndicaux ;
- de garanties transitoires pour les personnels concernés ;
- d’un maintien temporaire des régimes indemnitaires en cas de sortie du dispositif ; Enfin, le SNCL a rappelé qu’une réforme de l’éducation prioritaire ne pouvait se résumer à une redistribution des moyens existants entre territoires déjà fragilisés. La question des moyens supplémentaires demeure donc centrale. Cette audition nous a permis de porter la voix des personnels et de rappeler qu’une politique d’éducation prioritaire efficace doit conjuguer équité territoriale, justice sociale et stabilité des équipes éducatives.