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RAPPORT MATHIOT : L'analyse du SNCL FAEN

RAPPORT MATHIOT : L'analyse du SNCL FAEN - SNCL-FAEN

Même si ce rapport ne constitue pas la future réforme (qui dépendra des arbitrages ministériels), le SNCL se positionne d'ores et déjà sur les directions données et impose le principe de réalité à ce "projet idéal" ...

En préalable, le SNCL-FAEN veut rappeller avec force qu'il considère que la transformation du lycée et du baccalauréat qui résulteront des choix faits par le ministre à l’issue de l’examen du rapport Mathiot, ne pourront en aucun cas se limiter à la prise d’une circulaire ou l’édition d’un simple vade-mecum. Nous attendons la présentation d’un projet de loi à l'Assemblée nationale, qui devrait ainsi donner lieu à un débat réglementaire réellement démocratique.

 

Elaborée en à peine trois mois, l'idée de réforme contenue dans le rapport remis au ministre de l’Education nationale représente de surcroit une approche extrêmement complexe de la nouvelle architecture du lycée et du baccalauréat, qui aura, si elle est traduite dans les faits, des conséquences très importantes pour l’ensemble du système éducatif, et remettra entre autres en cause les statuts des enseignants.

 

L’organisation en trois unités, en Majeures, Mineures et Mineures optionnelles veut laisser croire à une très large liberté de choix aux élèves dans le cadre des enseignements dont ils pourront disposer dans leur futur lycée. Hélas, comment, sans moyens, faire en sorte qu'il ne s'agisse pas dans les faits que d’une illusion de liberté qui sera limitée aux enseignements réellement proposés localement ?

 

Cette dérégulation que renforce la plus large autonomie donnée aux établissements entretiendra les disparités entre les lycées en créant de la concurrence entre les disciplines et les établissements. Les inégalités seront renforcées. Les offres d’enseignement laissées à l’échelon local mettront de fait en place des lycées à deux vitesses.

 

De la même façon, le SNCL-FAEN réaffirme ici son opposition aux contrôles en cours de formation (CCF) modalité d’évaluation qui n’assurera jamais toutes les garanties d’équité, d’anonymat et du caractère d’épreuve nationale qui doivent concourir à l’attribution du baccalauréat.

 

La nouvelle organisation envisagée demande au jeune lycéen, désormais considéré comme un quasi étudiant, de se projeter vers l’avenir au-delà du raisonnable. Il devra être capable de faire des choix à plusieurs étapes de sa scolarité au lycée ; cette construction accroit les prises de responsabilités au moment où le jeune est en pleine construction de sa personnalité et risque de décourager ceux qui n’auraient pas la maturité nécessaire ou qui ne seraient pas suffisamment soutenus dans leur milieu familial.

 

La semestrialisation des enseignements, présentée comme l’une des révolutions du projet, apporte d’importantes difficultés organisationnelles, notamment élaborer des emplois du temps avec autant de paramètres devient un véritable casse-tête. Le rapport a d'ailleurs du mal à cacher la principale motivation de cette semestrialisation, à savoir induire un assouplissement statutaire pour les enseignants, et une dérégulation de leurs horaires hebdomadaires, en vue de quelques économies d'échelle.

 

Pour le SNCL-FAEN, c’est en effet surtout l’incidence particulière que cette mesure aura sur les statuts des enseignants, qui nous conduit à demander à ce qu’elle ne soit pas mise en place et que l’organisation annuelle et trimestrielle soit maintenue.

 

En effet le libre choix par les élèves des enseignements ne pourrait conduire, pour permettre ces souplesses, qu’à l’annualisation du service des enseignants. Ce serait la fin du calcul hebdomadaire du service des professeurs et par conséquent de la spécificité de leur statut qui deviendrait uniforme dans le secondaire (les certifiés enseignant de la 6ème à la terminale et les agrégés « poussés » vers le supérieur).

 

On aurait ainsi un corps unique d’enseignants pour le niveau collège-lycée, intégrant les corps actuels des certifiés, profs d’EPS et PLP. Les professeurs agrégés quant à eux, devraient par contre avoir plus facilement accès à l’enseignement supérieur : et si cela correspond à l’une de nos revendications de longue date, elle ne peut ni ne doit se faire dans un jeu d'opposition malvenu entre corps.

 

Le rapport préconise enfin et donne les pistes de refonte pour conduire à la suppression des séries au lycée. On sait par ailleurs que le Ministre, anticipant déjà sur ses décisions avant même la parution du rapport, a déclaré publiquement que ce point était acté. Le SNCL FAEN n'est pas dogmatiquement attaché à l'organisation par série, mais à la condition que tout système plus modulaire qui le remplacerait puisse permettre aux lycéens qui en exprimeront le souhait et en auront la volonté de faire le choix de s'engager dans une spécialisation où ils pourront trouver des enseignements d'excellence suffisamment exigeants pour répondre à leur appétence. Le SNCL FAEN affirme donc dès à présent qu'il s'opposera farouchement à toute suppression des séries qui n'aurait pas d'autre but que de conduire à un enseignement généraliste et uniforme, aux exigences nivelées par le bas pour tous et dans tous les domaines, à des fins là encore de réduction de postes d'enseignants...

 

Le SNCL-FAEN attend donc les arbitrages du ministre de l’Education nationale et sera attentif aux correctifs et aux précisions qui seront apportés le 14 février.

 

Toutefois, au vu de l’ampleur de la transformation envisagée sur les trois années précédant l’entrée à l’université, nous dénonçons aussi  la précipitation avec laquelle cette réforme se mettra en place. Il existe encore trop d’incertitudes pour qu’elle soit viable en l’état.

 

Le ministre semble souhaiter que le lycée s’améliore mais à l’économie. Or, en diminuant les heures d’enseignement, cette réforme va inévitablement entrainer des suppressions de postes conséquentes.

 

Le SNCL-FAEN rappelle qu’aucune réforme ne peut voir le jour avec une  chance d’efficacité si l’on ne prend pas le temps de la préparer longuement puis d’en évaluer les incidences prévisibles en amont. Le calendrier qui nous est proposé n’est pas réaliste et doit être revu.

 

Le ministre saura-t-il faire preuve de la sagesse nécessaire pour ne pas céder à l’urgence, convaincre et prendre le temps de réviser le bien-fondé des décisions qu’il aura à prendre ?